Cendrillon: L’enfer de la mode

cendrillon

Ayant pris pas mal de distance avec le blog au cours des derniers mois, je n’ai jamais achevé la série d’article qui devait accompagner le quintuor d’illustration que j’avais réalisé sur le sujet des contes de fée (et tout particulièrement de la figure féminine dans ces derniers). Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire, c’est donc bien après vous avoir présenté Le petit chaperon rouge et Blanche-Neige que je rédige le troisième article sur le sujet. Alors mettez votre plus belle paire de chaussure en l’honneur du conte qui a su prouver au fil de siècle qu’une paire de pompe de qualité peut embellir votre avenir, je parle bien sûr de Cendrillon !

Cendrillon est un conte dont il serait très difficile de situer une date de sortie précise, ce dernier semblant déjà avoir été présent sous d’autre forme dés l’Antiquité Grecque. Cependant nous ne sommes pas là pour rechercher les origines de celle qui deviendra plus tard une princesse Disney, contentons nous alors de nous référer aux variantes les plus connues. Et c’est une fois de plus ces sacripants de Perrault et de Grimm qui ont rédigés les versions qui ont le plus fait parler. Je vous dispenserai de vous exposer la version de Charles Perrault, un simple visionnage de l’adaptation de Walt Disney suffira à vous en faire une idée (on doit d’ailleurs à Perrault la très célèbre scène de la perte de la pantoufle de verre ainsi que la citrouille devenue carrosse). C’est pour cette raison que je vais, avec un enthousiaste pas dissimulé du tout, vous parler de ma version préférée : celle des frères Grimm.

Cendrillon (Aschenputtel dans la version d’origine) est donc une jeune fille de bonne famille qui se voit déchue de son rang lors du décès de sa mère, et pour cause : la nouvelle femme de son père ainsi que ses deux filles lui rendent la vie impossible. Réduite à l’état de souillon, elle profite des quelques accalmies qui lui sont accordées pour se rendre sur la tombe de sa mère. Auprès de celle ci se trouve un noisetier magique où viennent régulièrement se percher des oiseaux qui deviennent alors ses seuls amis (#Tristesse).
Vint le jour où toutes les jeunes filles du royaume furent conviées par la famille royale à un bal qui s’annonçait d’être somptueux. Lorsque la jeune Cendrillon demande l’autorisation d’accompagner ses demi soeurs, sa marâtre répand sur le sol un plat de lentille et un plat de cendre. La jeune servante ne pouvait se joindre à la fête que si elle parvenait à ramener chaque grain dans son récipient d’origine. Les oiseaux vinrent au secours de la jeune fille, séparèrent lentille et cendre dans le temps impartis et firent même parvenir robe et chaussures brodées (pas de pantoufle de verre, eh non) à Cendrillon afin qu’elle soit présentable pour la soirée.
Au bal, le prince rencontre la belle et… Ô surprise, c’est le coup de foudre. Mais Cendrillon se sent fort prise au dépourvue lorsqu’en fin de soirée, son cher et tendre insiste pour la raccompagner chez elle afin de rencontrer la famille de sa dulcinée. Elle lui fausse donc compagnie… mais remet le couvert le soir suivant, ainsi que celui d’après. Au bout d’un moment, le prince en a un peu marre de finir la soirée en tête à tête avec lui même et fait enduire de poix l’escalier royal (retenir sa belle de force… c’est tellement romantique). Cendrillon est prise au piège, mais persiste dans sa fuite et laisse derrière elle sa pantoufle d’or (en deux jours déjà les chaussures brodées n’étaient plus dans l’air du temps… ).
La suite vous sera assez familière, le prince déclare qu’il épousera la jeune fille à qui appartient la pantoufle, et toutes les demoiselles du royaume l’essayent. Les sœurs de Cendrillon vont jusqu’à se couper les orteils pour l’une et le talon pour l’autre (« Quand tu seras reine tu n’auras pas besoin d’aller à pied » que disait la marâtre… trop de punchline en vous madame !) afin que leur pied entre dans la précieuse chaussure, mais les oiseaux de Cendrillon vendent la mèche et personne ne croit en l’imposture. Cendrillon essaye la pantoufle à son tour, elle lui va à merveille, elle est heureuse, le prince l’épouse, il est heureux et les sœurs de Cendrillon se font crever les yeux par les oiseaux en guise de punition et ne sont pas heureuses… les oiseaux le sont sûrement eux en revanche.

Voilà, je m’excuse d’avoir pris autant de ligne pour vous résumer l’affaire mais… j’adore vraiment la version de Cendrillon des frères Grimm et j’avais vraiment envie de m’y attarder ! Franchement, le rôle occupé par les oiseaux est génial. Quand on découvre la version Grimm après celle de Disney, on passe quand même des pioupious tout choupinous qui aident les souris dans la créations de la robe de bal de Cendrillon, à des psychopathes plumés qui te feraient pâlir de jalousie les oiseaux d’Alfred Hitchcock !

Quand tu passes de Disney à Grimm...
Quand tu passes de Disney à Grimm…

Je me suis attardée sur le conte même, maintenant je vais parler de l’illustration. Le fait de travailler sur la place de la femme dans les contes de fée m’avait laisser entendre qu’à un moment ou un autre, j’allais devoir aborder le thème de Cendrillon. A l’instar de Peau d’âne (qui aura également un article) Cendrillon subit les atrocités et attend l’aide qui lui permettra d’atteindre ce qu’elle estime comme étant sa terre promise : un mariage sécurisant. Ce schéma a même fait naître en psychologie le terme de « Complexe de Cendrillon », la peur de devenir indépendante auprès d’un quidam, en général le petit ami/concubin/mari. Et il faut bien admettre que oui… à part appeler perpétuellement ses petits copains à plume dés que les choses ne vont pas, ben Cendrillon n’avance que grâce aux agissements des autres ; et cela même dans le film Trois noisettes pour Cendrillon (un film tchécoslovaque) où même si Cendrillon est un garçon manqué qui a du répondant, c’est le noisetier qui fait tout le boulot (noisetier, bouleau, arbre, tout ça… ok je me tais).
C’est donc une Cendrillon sans marraine la bonne fée, ni citrouille magique, ni souris couturières et ni noisetiers magiques que j’ai voulu représenter. Une Cendrillon qui tente le tout pour le tout pour se rendre au bal, se créant une tenue de gala discount à partir des rideaux haut de gamme du salon familial et de l’une des robes de ses sœurs, laissant ses oiseaux (il était hors de question que je ne dessine pas les oiseaux, bon Dieu que je les aime) saccager l’autre. Elle se moque des conséquences, elle se moque des lentilles et des cendres à ses pieds, elle se moque de son accoutrement qui fait made in Tati Mariage, elle se moque de ne pas être chaussée du tout, elle veut juste aller de l’avant. Je voulais une Cendrillon qui se moque des trois valeurs en général bien mises en avant dans les différentes versions du conte : la gentillesse, la patience et la beauté, une Cendrillon qui part tracer son propre chemin quitte à aller droit dans le mur.

Et j’avais surtout envie de rendre badass cette grosse nunuche… même si au final, elle est loin d’être cruche.

Eh oui, je vais finir sur un point important… ben la morale de Cendrillon, elle fonctionne plutôt bien. Pour la gentillesse et la patience j’suis sceptique, mais sur le fait qu’il faut être bien fringuée pour grimper dans l’échelle sociale et trouver le bon parti ben… j’pense que t’as plus de chance d’amener dans ton lit un riche héritier en étant chaussé avec du Louboutin qu’avec les mocassins (rien que le mot mocassin est un tue-l’amour à lui seul) que tu viens de commander sur Ebay. Donc si vous avez pour projet de vous acheter un yacht prochainement, écoutez les conseils de ces messieurs Perrault et Grimm.

Cendrilon strip

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